Bouturage de la vigne trois règles à suivre la plupart des boutures meurent en hiver à cause d’une erreur évitable
À l’automne, on pourrait croire que la vigne a terminé sa saison. Les raisins sont vendangés, les feuilles jaunissent et le cep se prépare au repos. C’est pourtant à ce moment-là que vient la meilleure période pour prélever des boutures, à partir desquelles on pourra produire de nouveaux plants au printemps. Si le jardinier laisse passer cette fenêtre, il se prive d’un moyen économique de multiplier son cep éprouvé, et n’a souvent plus qu’à attendre l’année suivante ou acheter des plants déjà prêts.
La période la plus favorable arrive après la chute des feuilles et avant les gelées marquées. Sous nos climats, cela correspond le plus souvent au mois d’octobre. La raison est simple. Le bois de l’année est alors bien aoûté et renferme des réserves de sucres et d’amidon qui serviront plus tard à l’enracinement. Un prélèvement au printemps est moins sûr, car les sarments ont déjà passé tout l’hiver, peuvent avoir subi des dégâts de froid et se déshydratent plus facilement.
Comment reconnaître un sarment adapté au bouturage
La base de la réussite, c’est de choisir un cep mère sain et productif. Inutile de multiplier une plante qui a souffert de maladies ou qui a mal fructifié, car les mêmes faiblesses peuvent se retrouver dans la génération suivante. Un sarment convenable présente une écorce brunâtre ferme, des nœuds bien visibles et des bourgeons intacts, solidement fixés. L’épaisseur du rameau devrait correspondre à peu près à celle d’un crayon ordinaire.
La partie médiane du sarment est généralement la plus fiable. Les segments trop fins se dessèchent vite, tandis que les pousses trop vigoureuses ne sont pas toujours de meilleure qualité. Il est conseillé de couper les boutures assez longues, environ 50 à 70 centimètres, car au printemps on retaille de toute façon les deux extrémités. La coupe supérieure se fait droite, juste au-dessus d’un bourgeon, et la coupe inférieure en biseau, juste sous un nœud. Ainsi, on sait immédiatement quel côté est le haut et lequel est le bas.
Le marquage des cépages est plus important qu’il n’y paraît
Une fois les boutures coupées, il est judicieux de les trier aussitôt par cépage, de les lier en bottes et de les étiqueter avec un marquage résistant. C’est là que se glisse une erreur fréquente. Au printemps, distinguer les cépages sans feuilles ni grappes est très difficile, et celui qui les mélange n’a ensuite plus qu’à deviner ce qu’il a réellement planté. Or, l’un des grands avantages de la multiplication « maison » est justement de conserver exactement la vigne que l’on connaît déjà dans son propre jardin.
Les plus grosses pertes surviennent pendant le stockage hivernal
La découpe des boutures est souvent rapide, mais c’est leur conservation pendant l’hiver qui est déterminante. L’idéal est un endroit frais, avec une température autour de 1 à 4 °C, et une humidité élevée sans excès. Si l’air est trop sec, l’écorce se fripe et les tissus meurent. À l’inverse, si le milieu est trop humide ou mal ventilé, des moisissures apparaissent et les boutures s’échauffent et s’abîment.
On peut les stocker à la cave, au réfrigérateur, ou même dehors dans une tranchée bien protégée, à condition qu’il n’y ait pas de risque d’eau stagnante. Il est important d’éviter les endroits soumis à de fortes variations de température. Dès que la température monte trop, les bourgeons commencent à se réveiller avant la formation des racines, et la bouture épuise inutilement ses réserves. Il faut aussi éviter la proximité immédiate des pommes et des poires, qui favorisent un débourrement prématuré.
Un contrôle régulier peut sauver la majorité du matériel
Pendant l’hiver, il ne suffit pas d’entreposer les boutures et de les oublier. Une fois toutes les quelques semaines, il est bon de défaire les bottes et de vérifier l’état de l’écorce, des bourgeons et des surfaces de coupe. Une bouture viable a des bourgeons fermes et, après une coupe fraîche, révèle un bois vert et humide. Une écorce fripée et un bois sombre et sec indiquent la mort, tandis que des zones foncées et mouillées signalent un échauffement et une dégradation.
Un début de moisissure peut souvent être stoppé par un nettoyage rapide et le remplacement de l’emballage ou du substrat. Des boutures légèrement desséchées peuvent encore être réhydratées par un court trempage dans de l’eau froide. Les segments noirs et manifestement morts doivent être écartés sans hésiter, afin de ne pas compromettre le reste.
Réveil de printemps et enracinement

Entre fin février et début mars, on peut préparer une partie des boutures stockées pour un enracinement à la maison. On rafraîchit la coupe inférieure juste sous un nœud, et la coupe supérieure quelques centimètres au-dessus d’un bourgeon. De fines incisions longitudinales sur la partie basse peuvent aussi aider, en stimulant l’émission des racines. Avant la mise en pot, on fait généralement tremper les boutures dans l’eau pendant un à deux jours.
Il est très important que la partie inférieure soit plus chaude que la partie supérieure. En effet, les bourgeons se réveillent plus vite que les racines. Si la pousse se développe trop tôt, la bouture s’épuise avant d’avoir eu le temps de s’enraciner. Pour la mise en place dehors, au jardin ou en pépinière, il est donc plus sûr d’attendre plus tard au printemps, en fonction de la météo.
Produire ses propres plants, c’est aussi une économie sensible
Multiplier la vigne à partir de ses propres boutures apporte non seulement de la satisfaction, mais aussi une économie réelle. Les plants vendus en jardinerie coûtent souvent plusieurs centaines de couronnes par pièce. Si l’on parvient à enraciner, par exemple, cinq boutures, l’écart par rapport à l’achat peut devenir très important. Même en comptant le substrat et les contenants, la méthode maison revient, pour beaucoup, plus avantageuse.
Au-delà du prix, la sécurité des caractéristiques compte aussi. Le jardinier sait exactement quel goût a son raisin, comment le cep produit et comment il supporte les conditions locales. Les nouveaux plants issus de boutures conserveront ces qualités. Il faut simplement garder à l’esprit que ce type de multiplication est destiné à un usage personnel. Pour la vente de plants, des règles particulières s’appliquent, notamment sur l’état sanitaire et l’étiquetage du matériel de multiplication.
Avec la vigne, ce n’est souvent pas le printemps qui fait la différence, mais bien le mois d’octobre. Celui qui prélève alors des boutures de qualité et les conserve correctement pendant l’hiver peut produire, sans gros frais, de nouveaux ceps du même cépage que la plante mère.
Source : English Wine, The Spruce, RHS, Pestrazahrada.cz
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