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Pourquoi les fourmis élèvent les pucerons comme un troupeau et comment ce partenariat influence votre jardin

June 3, 2026 · 5 min de lecture · Tomas Rohlena
Pourquoi les fourmis élèvent les pucerons comme un troupeau et comment ce partenariat influence votre jardin
Fourmis et pucerons / Photo : Depositphotos
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La relation entre les fourmis et les pucerons compte parmi les exemples de coopération entre deux organismes différents les plus connus, observable même sur des plantes de jardin tout à fait courantes. Si elle fascine les biologistes, elle est souvent source de soucis pour les jardiniers, car là où les pucerons prospèrent, les dégâts sur les jeunes pousses et les feuilles deviennent vite visibles.

La raison pour laquelle ces deux mondes se croisent si souvent est simple. Il existe des milliers d’espèces de pucerons, et un nombre tout aussi énorme d’espèces de fourmis. Même si la diversité spécifique en Europe est plus faible qu’à l’échelle mondiale, les combinaisons présentes dans le paysage restent suffisamment nombreuses pour que pucerons et fourmis se rencontrent sur les plantes, à répétition et en beaucoup d’endroits à la fois.

Le miellat comme récompense sucrée

Les pucerons se nourrissent en aspirant la sève des tiges et des feuilles. Cette sève contient beaucoup de sucres, que les pucerons ne parviennent pas à utiliser entièrement. L’excédent s’accumule dans leur organisme, ils l’excrètent donc sous forme de petites gouttes sucrées, que l’on appelle miellat. Pour les pucerons, cette excrétion a aussi un intérêt pratique : elle leur permet d’éliminer le surplus et de réduire le risque de développement de moisissures sur leur corps et à proximité.

Le miellat n’est pas consommé uniquement par les fourmis, mais aussi par d’autres insectes, par exemple les guêpes ou les abeilles. Les fourmis ont toutefois fini par comprendre que cette source sucrée n’apparaît pas spontanément sur les feuilles, mais provient directement des pucerons. Au lieu de les capturer comme des proies, elles ont commencé à les protéger et à les maintenir en vie, comme une précieuse réserve de nourriture vivante.

Comment les fourmis deviennent des éleveuses

Ce n’est pas une règle universelle chez tous les pucerons. Seule une partie des espèces profite de ce type de cohabitation, mais on l’observe pourtant souvent au jardin. Les fourmis mettent en place un trajet entre la fourmilière et la plante grâce à des traces odorantes et, sur cette sorte d’autoroute invisible, elles se rendent régulièrement auprès des pucerons.

Sur place, elles attendent la goutte de miellat et stimulent souvent les pucerons délicatement avec leurs antennes, ce qui accélère la production du liquide sucré. Les fourmis passent ensuite d’un puceron à l’autre et la colonie évoque réellement un troupeau constamment « servi ». Lorsqu’une fourmi est rassasiée, elle rapporte le miellat dans son jabot social jusqu’à la fourmilière, où il sert de nourriture aux larves comme à la reine.

Stratégies hivernales et déplacements vers les meilleurs emplacements

Certaines espèces de fourmis vont encore plus loin et leurs soins s’inscrivent dans la durée. Avant l’hiver, elles recherchent sur les plantes les œufs de pucerons et les transportent vers des loges plus sûres dans la fourmilière. Elles les protègent ainsi du froid et des prédateurs. Au printemps, les pucerons regagnent les plantes soit d’eux-mêmes, soit avec l’aide active des fourmis, qui les déplacent vers des hôtes appropriés.

Les fourmis déplacent aussi les pucerons au sein d’une même plante pour les installer sur les parties les plus jeunes et les plus juteuses. C’est précisément là que les tissus sont tendres, la sève plus nutritive et plus facile à assimiler, ce qui augmente le succès des pucerons et la quantité de miellat que les fourmis peuvent tirer de ce poste d’alimentation.

Protection des colonies et conflit avec les prédateurs utiles

Grâce aux fourmis, les colonies de pucerons sont souvent étonnamment bien défendues. S’il y a suffisamment de fourmis, elles peuvent repousser même des prédateurs plus gros et très dangereux pour les pucerons, comme les coccinelles, les larves de chrysopes ou les syrphes. Les pucerons deviennent alors un adversaire bien plus coriace pour le jardinier, car la régulation naturelle est affaiblie.

Les grandes colonies printanières sont fréquentes surtout parce que les feuilles sont fraîches et que les prédateurs sont généralement moins nombreux en début de saison. Au fil de l’année, la pression des prédateurs augmente le plus souvent et, dans les jardins plus diversifiés et proches de la nature, les populations de pucerons diminuent souvent d’elles-mêmes. De plus, une faible présence ne nuit bien souvent pas de façon dramatique aux plantes. Le problème survient lorsque l’équilibre écologique est perturbé et que les pucerons peuvent se multiplier sans limite.

Ce que les pucerons ont à voir avec le miel de miellat

Si, au jardin, les grandes colonies de pucerons sont plutôt une nuisance, en forêt elles peuvent représenter une opportunité intéressante pour les apiculteurs. Dans la cime des arbres vivent des pucerons qui produisent du miellat en grande quantité et sont souvent entretenus par des fourmis forestières. Les bonnes années, il peut y avoir tant de miellat que les colonies d’abeilles en récoltent elles aussi.

Le miellat donne alors le miel de miellat, apprécié pour sa couleur plus sombre et son goût marqué. Sa production reste toutefois irrégulière et limitée, car les changements climatiques et la dégradation de l’état des peuplements forestiers ne favorisent souvent pas les populations de ces pucerons.

Pucerons
Pucerons / Depositphotos

Comment agir au jardin sans chimie inutile

Il est utile de favoriser les ennemis naturels des pucerons. Planter des espèces à fleurs peu profondes, qui attirent les syrphes, est une bonne stratégie. Leurs larves comptent parmi les prédateurs les plus efficaces des pucerons et, au cours de leur développement, peuvent en consommer des centaines.

À court terme, le transfert ciblé de coccinelles sur les plantes infestées peut aussi fonctionner, de préférence là où l’environnement est plus fermé, par exemple en serre ou sur un balcon. Sur le long terme, il vaut la peine de proposer aux coccinelles des lieux d’hivernage, afin qu’elles reviennent au jardin. Les abris peuvent prendre la forme d’hôtels à insectes, de tas de bois ou encore de divers aménagements de jardin créant des fissures et des recoins secs. Des abris similaires profitent aussi aux chrysopes, dont les larves chassent également intensément les pucerons.

Détruire les fourmilières à proximité des plantes touchées peut s’avérer contre-productif, surtout si l’on utilise des méthodes chimiques agressives. Il est souvent plus efficace de tenter d’interrompre la piste odorante entre la fourmilière et la colonie de pucerons, car sans fourmis, les pucerons restent bien plus vulnérables. À court terme, de fines applications d’huiles aromatiques naturelles sur le tronc ou la partie principale de la plante, par exemple au parfum de lavande, peuvent aider, mais il faut les renouveler au cours de la saison.

Sur les arbres et arbustes, on peut aussi utiliser des bandes engluées, mais aussi fines que possible et avec discernement. Des couches de colle trop épaisses ne piègent en effet pas seulement les fourmis, mais aussi de nombreux insectes utiles et, dans les cas extrêmes, peuvent même mettre en danger des animaux plus gros.

Source : Záhrada, The Spruce, RHS, Pestrazahrada.cz

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Tomas Rohlena
Tomas Rohlena

Amoureux de la nature, du jardin et de tout ce qui bouge, fleurit ou pousse. Il cultive littéralement tout, des herbes aromatiques aux espèces rares, et il aime tout autant s’occuper des animaux. Dans son travail, il relie les technologies modernes aux méthodes traditionnelles éprouvées de grand-mère et il est heureux lorsque les deux voies mènent au même objectif.

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